Depuis qu’on est entrés,
ce loup me fixait.
Un regard planté dans le mien,
sans cligner.
Sans détourner.
En même temps, la dernière fois qu’on s’est croisés,
ça ne s’était pas exactement terminé autour d’un café.
Il travaille pour Rotoni.
Le parrain des loups.
Un de ceux qui ne parlent jamais trop fort,
mais que tout le monde écoute.
Officiellement,
il gère la logistique pour Monsieur Bacon.
Ce que ça veut dire,
ne me demande pas.
Je ne sais pas vraiment.
Je sais juste une chose :
quand c’est important pour le business du patron,
ça finit rarement propre.
Et puis faut toujours se méfier
des loups en costume-cravate.
Ceux qui sourient bien droit.
Tu sais jamais à quel moment
ils décident de te planter les crocs.
Ce soir-là,
il n’était pas seul.
À son bras,
une louve.
Je les ai ignorés.
Comme si de rien n’était.
Le temps de passer ma commande,
Pistole avait disparu.
Évaporé.
Mais la louve, elle, était restée.
Assise.
Calme.
Les yeux accrochés aux miens
comme si elle me connaissait déjà.
Alors je suis allé la voir.
Histoire de…
Tu aurais fait quoi à ma place ?
Arrivé à sa table,
elle n’a rien dit.
Elle a juste sorti une note.
Pliée.
Posée devant moi.
Pistole l’avait laissée pour moi.
Demain.
16 h.
Aux docks.
Enjoy.
Je suis resté là,
la feuille entre les doigts.
Curieux.
Forcément.
Et puis,
j’avais besoin de café.
Faut dire que depuis la création du Nouveau Monde,
le café, chez nous,
c’est plus qu’une boisson.
C’est la monnaie.
Et celui qui détient la plantation,
en plus de la cafetière,
c’est Monsieur Bacon.
Bref.
Le lendemain,
je suis arrivé avec trois heures de retard…
